• Vendredi 12 mars 2010
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Le brelan gagnant : la Louisiane, New Orleans et les steamboats

Tout commence le 9 avril 1682, quand l'explorateur français Robert Cavalier de La Salle prend possession au nom du roi de France, Louis XIV, de la vallée du Mississippi. Il baptise cette région « Louisiane » en son honneur.

Le 25 août 1718, des colons français fondent à l'embouchure du Mississippi la ville de la Nouvelle-Orléans, qui devient la capitale de la colonie de Louisiane. La ville se développe et prospère grâce à la production de coton, d'indigo, de riz et de canne à sucre. Rapidement la Nouvelle-Orléans devient l'avant-poste par excellence de la puissance française au sud de l'Amérique du nord.

La Louisiane, qui a été cédée à l'Espagne an 1763 suite à la Guerre de Sept ans, est restituée à la France le 1er octobre 1800. Trois ans plus tard, Napoléon Bonaparte, qui n'était pas encore empereur, vend la totalité de la Louisiane au président Jefferson pour la somme de 15 millions de dollars, ou 60 millions de francs. Du jour au lendemain, l'Union voit sa superficie doubler.

En 1804 commencent les premières vagues d'exploration du Grand Ouest à l'initiative du président Jefferson, qui ont entraîné de grandes vagues de migrants (Américains, Français, Cubains, Espagnols, puis, dès 1820, Irlandais et Allemands).

Les steamboats arrivent

Fulton lance la première compagnie de steamboats en 1812. Une nouvelle ère de découvertes et d'aventures s'ouvre. Cette même année éclate la guerre contre l'empire britannique, qui sera gagnée par les Franco-américains en 1815. C'est encore à ce jour la dernière guerre internationale qui ait eu lieu sur le territoire des Etats-Unis d'Amérique.

Le New Orleans, bâtiment de 43 mètres et 200 tonneaux, est un des premiers bateaux assurant la desserte le long du Mississippi. Dès lors, il devient possible de remonter les 2.300 miles du fleuve et d'atteindre les régions baignées par le Missouri (à l'ouest) et l'Ohio (à l'est).

De 70 bâtiments en 1820, le trafic est passé à 560 vers 1845 et à plus de 700 en 1860. Cette suractivité batelière a généré un nombre grandissant de tricheurs qui hantaient les bâtiments. On estime que vers 1830, environ 5.000 tricheurs oeuvraient régulièrement sur la ligne Nouvelle Orléans - Louisville, située sur l'Ohio, 1000 kilomètres en amont. Le chiffre semble énorme mais il ne faut pas oublier que le trafic sur le Mississippi était continuel et soutenu.

Les voyageurs étaient constamment renouvelés, avec de l'argent frais sur eux. Il était rare de voir deux fois les mêmes personnes, et celles qu'on rencontrait avaient forcément de l'argent avec elles.

La longueur des étapes, l'inexistence des loisirs à bord étaient autant d'arguments pour se voir proposer une « banale partie de dés » ou une « amicale partie de cartes ». Rapidement, ces joueurs sont devenus des figures incontournables des riverboats. Tantôt habillés comme des agriculteurs de retour dans leur exploitation, tantôt dandies polis portant un costume à la dernière mode, ils avaient tous en commun une chose : c'étaient de fieffés tricheurs qui n'avaient qu'une seule raison d'être, plumer le pigeon.

C'est surtout à la remontée que ces invitations sont fructueuses : les ventes de grain et de coton ont été faites à New Orleans, les exploitants agricoles sont pleins aux as. Pire encore : ils ont le mental d'hommes qui viennent de faire de bonnes affaires, donc de gens qui se méfient peu. Bref, ce sont des pigeons rêvés !

Le Poker, ou plutôt le jeu à 20 cartes qui est son ancêtre direct, ne s'est pas imposé tout de suite. Les dés sont venus en premier, et les dés pipés étaient déjà de mise. On rencontrait aussi sur les ponts des steamboats un jeu de cartes d'arnaque, le Bonneteau (« Three Card Monte »). Ce jeu était proposé par un manipulateur qui avait toujours le dernier mot. Il faisait souvent équipe avec un complice. Il est toujours vivace aujourd'hui, même en France.

EFP | Ecole Française de Poker